2. Fondamentaux bibliques (vol.2)
Chap: 2 - Le disciple dans un temps mauvais - Daniel et ses compagnons furent rendus capables de surmonter les difficultés particulières de leur époque. Ils estimèrent que rien, à Babylone, ne devait les empêcher de vivre une consécration totale et élevée.
Les trois premiers chapitres du Livre de Daniel nous fournissent une leçon des plus importantes et pleine d’à-propos pour le temps où nous vivons, et dans lequel le disciple de Christ est en grand danger de céder aux influences qui l’entourent, en abaissant le niveau du témoignage, et reniant, en quelque sorte, son caractère de disciple, pour se mettre en harmonie avec les circonstances du moment.
Des sujets de découragements.
Dès le commencement du chapitre 1, nous trouvons un tableau décourageant de l’état des choses, au point de vue du témoignage extérieur rendu à Dieu sur la terre : « La troisième année de Jéhoïakim, roi de Juda, Nébucadnetsar, roi de Babylone, vint contre Jérusalem et l’assiégea. Et le Seigneur livra en sa main Jéhoïakim, roi de Juda, et une partie des vaisseaux de la maison de Dieu, lesquels Nébucadnetsar fit emporter au pays de Shinhar, en la maison de son dieu ; et il mit ces vaisseaux en la trésorerie de son dieu » (Daniel 1.1-2).
L'état qui nous est dépeint dans ces versets, d'un point de vue humain, est bien de nature à produire le découragement dans le cœur, à attrister l'esprit et à paralyser l'énergie. À la vue de Jérusalem en ruines, du temple profané, des vases du Seigneur placés dans la maison d'un faux dieu, de Juda emmené en captivité ; assurément, le cœur ne peut que se sentir tenté de dire qu'il est parfaitement inutile de chercher à demeurer plus longtemps dans le caractère de disciple, et à persévérer dans une marche dévouée et fidèle. Le courage manque, le cœur se fond et les mains deviennent faibles lorsque la situation du peuple de Dieu est aussi déplorable. Seule une vaine présomption pourrait, dans de telles circonstances, pousser un enfant de la maison de Juda à prendre la place d'un véritable Nazaréen.
L’attitude de l’homme de foi.
C’est ainsi que peut raisonner la nature ; mais tel n’est pas le langage de la foi. Dieu soit béni ! il existe toujours une sphère assez vaste pour que le vrai dévouement puisse s’y déployer et il y a toujours un chemin que le vrai disciple peut parcourir, dût-il le faire dans la solitude.
Quel que soit l’état des circonstances extérieures, la foi ne s’en occupe pas ; son privilège est de dépendre de Dieu, de se nourrir de Christ et de respirer l’atmosphère du ciel, aussi pleinement que si tout était dans une harmonie et un ordre parfait. C’est là, pour le cœur fidèle, une grâce merveilleuse. Tous ceux qui désirent marcher fidèlement, trouveront toujours un chemin à suivre ; tandis que ceux qui voient dans les circonstances extérieures un prétexte pour manquer d’énergie, n’agiront jamais avec fidélité et décision, alors même qu’ils seraient placés dans une situation des plus favorables.
Si jamais il y eut un temps où la faiblesse du témoignage aurait pu être excusée, ce fut, sans contredit, celui de la captivité de Babylone. Tout l’édifice du judaïsme avait été renversé ; la puissance royale avait passé des mains du successeur de David, dans celles de Nébucadnetsar ; la gloire s’était retirée d’Israël ; en un mot, tout semblait s’être flétri et avoir disparu pour toujours. Il ne restait aux enfants de Juda dans leur exil, qu’à suspendre leurs harpes aux saules et à s’asseoir auprès des fleuves de Babylone, pour y pleurer la gloire qui les avait quittés, leur lumière obscurcie et leur grandeur déchue.
Tel pourrait être le langage de l’aveugle incrédulité ; mais Dieu soit béni ! c’est, quand tout semble parvenu à l’état le plus misérable, que la foi s’élève pour remporter un triomphe glorieux. La foi, nous le savons, est la seule base réelle sur laquelle le disciple puisse s’appuyer pour agir. Elle ne cherche aucun soutien auprès des hommes ou dans les circonstances extérieures : « toutes ses sources » sont en Dieu. Et c’est pour cela que la foi ne brille jamais d’un éclat aussi vif que lorsque tout est ténèbres autour d’elle. C’est quand l’horizon est chargé des plus sombres nuages, que la foi se réchauffe au soleil de la grâce et de la fidélité divines.
C'est ainsi que Daniel et ses compagnons furent rendus capables de surmonter les difficultés particulières de leur époque. Ils estimèrent que rien, à Babylone, ne devait les empêcher de vivre une consécration aussi élevée que tout ce qu'on avait pu voir à Jérusalem, à quelque époque que ce soit. Et leur appréciation était juste. Ils jugeaient, comme juge toujours, une foi pure et bien fondée.
C'est d'après ce même jugement que les Baracs, les Gédéons, les Jephtés et les Samsons d'autrefois ont agi comme ils l'ont fait. C'est ce même jugement qu'exprimait Jonathan lorsqu'il disait : « Rien ne saurait empêcher l'Éternel de délivrer, que ce soit avec beaucoup ou avec peu de gens » (1 Samuel 14.6). David le partageait aussi lorsque, dans la vallée du Chêne, il appelait la faible armée d'Israël « l'armée du Dieu vivant » (1 Samuel 17.26). C'était le jugement d'Élie lorsque, sur le mont Carmel, il bâtit un autel avec « douze pierres, selon le nombre des tribus des enfants de Jacob » (1 Rois 18.31).
C'était le jugement de Daniel lui-même lorsque, plus tard dans son histoire, il ouvrit sa fenêtre et pria, tourné vers Jérusalem (Daniel 6). C'était le jugement de Paul lorsque, face à l'apostasie effrayante qui pointait déjà, il exhorta son fils Timothée : « Retiens le modèle des saines paroles que tu as entendues de moi » (2 Timothée 1.13). C'était le jugement de Pierre lorsque, envisageant la dissolution de toutes choses, il encouragea les croyants « à être trouvés par lui sans tache et sans reproche, en paix » (2 Pierre 3.14).
C'était le jugement de Jean lorsque, au milieu du débordement des prétentions ecclésiastiques, il exhorta son bien-aimé Gaïus « à n'imiter point le mal, mais le bien » (3 Jean 1.11). C'était enfin le jugement de Jude, en présence de l'impiété la plus abominable, lorsqu'il encouragea un reste fidèle et bien-aimé par ces paroles : « Vous appuyant vous-mêmes sur votre très sainte foi, et priant par le Saint-Esprit, conservez-vous dans l'amour de Dieu, en attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle » (Jude 1.20-21).
En un mot, c'était le jugement du Saint-Esprit. Et c'est pourquoi c'était aussi celui de la foi.
Tout cela donne un intérêt et une valeur particulière à la décision prise par Daniel, telle qu'elle est exprimée au premier chapitre de ce livre : « Daniel résolut de ne pas se souiller par les mets du roi et par le vin dont le roi buvait, et il pria le chef des eunuques de ne pas l'obliger à se souiller » (v. 8).
Il aurait pu se dire très naturellement : « À quoi bon qu'un pauvre et faible captif cherche à garder une place de séparation ? Tout est mis de côté. Il est impossible de conserver un véritable esprit de consécration au milieu d'une ruine aussi complète et d'une déchéance semblable. Autant me conformer aux habitudes du pays où j'habite ! »
Mais non, Daniel se tenait sur un terrain plus élevé. Il savait que son privilège était de vivre dans une intimité aussi grande avec Dieu, au milieu du palais de Nébucadnetsar, que dans l'enceinte de Jérusalem. Il savait que, quelle que soit la condition extérieure du peuple de Dieu, il existe un sentier de dévouement et de fidélité ouvert à chaque croyant individuellement, un sentier qu'il peut parcourir malgré tout.
Et ne pouvons-nous pas ajouter que la consécration vécue à Babylone possède des charmes tout aussi attirants et efficaces que celle vécue en Canaan ? Sans aucun doute. Il est infiniment précieux et magnifique de trouver l'un des captifs à Babylone, aspirant à une séparation aussi rigoureuse, et la vivant réellement.
Il y a là, à la fois, une grande leçon pour tous les âges, un exemple particulièrement propre à encourager et à remuer les croyants sous toutes les dispensations, et une démonstration bénie qu'au milieu des plus épaisses ténèbres, un cœur dévoué peut jouir des rayons d'un soleil qu'aucun nuage ne vient obscurcir.
Mais comment cela est-il possible, sinon parce que « Jésus-Christ est le même hier, aujourd'hui et éternellement » (Hébreux 13.8) ? Les dispensations changent et disparaissent. Les institutions ecclésiastiques s'écroulent et sont réduites en poussière. Les systèmes humains sont ébranlés puis renversés. Mais le nom de l'Éternel demeure à toujours, et son souvenir traverse toutes les générations. C'est sur ce terrain saint et élevé que la foi s'établit. Elle s'élève au-dessus de toutes les vicissitudes pour goûter un doux entretien avec l'éternelle et immuable source de tout bien véritable.
C'est ainsi qu'au temps des Juges, la foi accomplit de plus glorieux triomphes que tous ceux qui furent connus aux jours de Josué. C'est ainsi que l'autel d'Élie sur le mont Carmel fut environné d'une gloire tout aussi brillante que celle qui couronnait l'autel de Salomon.
Cela est vraiment encourageant. Le pauvre cœur est si disposé à faiblir et à se laisser abattre, en regardant aux chutes et à l'infidélité de l'homme, au lieu de s'arrêter à la fidélité de Dieu qui ne fait jamais défaut ! « Toutefois le fondement de Dieu demeure ferme, ayant ce sceau : le Seigneur connaît ceux qui sont siens ; et : que quiconque invoque le nom de Christ se retire de l'iniquité » (2 Timothée 2.19). Est-ce que quelque chose peut porter atteinte à cette vérité immuable ? Rien, sans doute. Et rien, par conséquent, ne peut porter atteinte à la foi qui s'en saisit, ni à l'édifice de dévouement pratique qui s'élève sur le fondement de cette foi.
Résultats de la fidélité.
Considérons maintenant les glorieux effets du dévouement et de la séparation de Daniel. Dans les trois premiers chapitres, nous remarquons trois résultats distincts découlant de la position prise par Daniel et ses compagnons concernant « la nourriture du roi » :
- Le secret concernant « le songe du roi » leur fut révélé.
- Ils résistèrent aux séductions de « la statue que le roi avait dressée ».
- Ils traversèrent sans le moindre dommage la fournaise de feu ardent allumée sur ordre du roi.
« Le secret de l'Éternel est pour ceux qui le craignent » (Psaume 25.14).
Ce passage se vérifie admirablement dans le cas que nous avons sous les yeux. « Les magiciens, les astrologues, les enchanteurs et les Chaldéens », qui tous respiraient l'atmosphère de la présence royale, étaient dans une complète ignorance quant au songe du roi. « Les Chaldéens répondirent au roi et dirent : Il n'y a aucun homme sur la terre qui puisse exécuter ce que le roi demande » (Daniel 2.10).
Il en était ainsi, assurément. Mais il y avait un Dieu dans le ciel qui connaissait tout cela, et qui, de plus, pouvait le révéler à ceux qui avaient assez de foi, de dévouement et de renoncement pour se séparer des souillures de Babylone, bien qu'ils fussent captifs dans cette ville. Ce qui pour l'homme n'est qu'une énigme, un labyrinthe ou un mystère, est parfaitement connu de Dieu. Et il peut, et veut même, le révéler à tous ceux qui marchent avec lui dans la sainteté de sa présence. Les consacrés de Dieu peuvent voir plus loin dans les circonstances humaines que les plus profonds philosophes de ce monde.
Et par quel moyen ? Comment peuvent-ils percer les mystères de ce monde ? Parce qu'ils sont placés au-dessus des brumes et des ténèbres qui l'enveloppent. Ils ne participent pas à ses souillures. Ils occupent une place de séparation, de dépendance et de communion.
« Ensuite Daniel alla dans sa maison, et il instruisit de cette affaire Hanania, Mischaël et Azaria, ses compagnons, les engageant à implorer la miséricorde du Dieu des cieux, afin qu'on ne fît pas périr Daniel et ses compagnons avec le reste des sages de Babylone » (Daniel 2.17-18). C'est à cette source, nous le voyons maintenant, qu'ils puisaient force et intelligence. Ils n'avaient qu'à tourner les regards vers le ciel pour obtenir une vue claire de toutes les destinées de ce monde.
Que de vérité et de simplicité dans tout cela ! « Dieu est lumière, et il n'y a point en lui de ténèbres » (1 Jean 1.5). Par conséquent, si nous désirons la lumière, nous ne pouvons la trouver qu'en sa présence. Et nous ne pouvons connaître réellement la puissance de sa présence que lorsque nous vivons notre séparation de toutes les souillures de la terre.
Remarquez un autre résultat de la sainte séparation de Daniel : « Alors le roi Nébucadnetsar tomba sur sa face et se prosterna devant Daniel, et ordonna qu'on lui offrît des oblations et des parfums » (Daniel 2.46) Voici le plus orgueilleux et le plus puissant monarque de la terre aux pieds d'un captif. Fruit magnifique de la fidélité !
Démonstration précieuse de cette vérité : Dieu honorera toujours la foi qui peut, dans quelque mesure, s'élever à la hauteur de ses pensées. En cette occasion mémorable, Daniel expérimenta pleinement pour lui-même, cette ancienne promesse de Dieu : « Et tous les peuples de la terre verront que le nom de l'Éternel est invoqué sur toi, et ils te craindront… L'Éternel te mettra à la tête et non à la queue ; et tu seras seulement au-dessus et non point au-dessous » (Deutéronome 28.10-13).
Assurément, dans la scène décrite ici, Daniel se trouvait être « la tête » et Nébucadnetsar « la queue », du moins si nous considérons les choses du point de vue divin. Voyez l'attitude de ce consacré en présence de l'impie Belshatsar (Daniel 5.17-29). N'avons-nous pas ici un témoignage tout aussi magnifique de la prééminence à laquelle était destinée la descendance d'Abraham, que lorsque les capitaines de Josué mettaient le pied sur le cou des rois de Canaan (Josué 10.24) ? Ou que lorsque tous les habitants de la terre cherchaient à voir le visage de Salomon pour entendre la sagesse que Dieu avait mise dans son cœur (1 Rois 10.24) ?
Sans aucun doute. Et à certains égards, le témoignage est plus magnifique encore. Il est naturel d'attendre une scène semblable dans l'histoire de Josué ou dans celle de Salomon. Mais trouver un orgueilleux roi de Babylone aux pieds de l'un de ses captifs, voilà qui dépasse de beaucoup tout ce que l'homme peut concevoir.
Cependant, cela nous est présenté ici comme une preuve frappante de la puissance qu'a la foi pour triompher des difficultés de toute nature et pour produire les résultats les plus merveilleux. Le pouvoir de la foi demeure le même ; qu'elle agisse dans les plaines de la Palestine ou sur le mont Carmel, au bord des fleuves de Babylone ou parmi les ruines de l'Église professante.
Aucune chaîne ne saurait la retenir. Aucune persécution ne peut la refroidir. Aucun changement ne peut l'atteindre. Toujours elle s'élève vers l'objet qui lui est propre, et cet objet, c'est Dieu lui-même et son éternelle révélation.
Les dispensations changent. Les années s'écoulent. Les roues du temps continuent de tourner, écrasant sous leur poids énorme les plus chères espérances du pauvre cœur humain. Mais la foi demeure la foi, cette réalité immortelle, divine et éternelle, qui s'abreuve à la fontaine de la pure vérité et dont « toutes les sources » sont en Christ, qui est « le chemin, la vérité et la vie ».
C'est par cette foi précieuse que Daniel agit lorsqu'il « résolut dans son cœur de ne pas se souiller par la portion de la nourriture du roi ». Il est vrai qu'il ne lui était plus possible de se rendre à la sainte maison où ses pères avaient adoré.
Le pied d'un ennemi étranger avait foulé la cité sainte. Le feu avait cessé de brûler sur l'autel du Dieu d'Israël. Le chandelier d'or et ses sept lampes n'éclairaient plus le lieu saint. Mais la foi se trouvait dans le cœur de Daniel. Et cette foi le transportait au-delà de l'influence que pouvaient exercer les circonstances qui l'entouraient. Elle le rendait capable de s'approprier toutes les promesses de Dieu, qui sont « Oui et Amen en Jésus-Christ », et d'agir selon leur puissance.
La foi ne s'émeut pas pour des temples en ruines, pour des cités renversées, pour des luminaires éteints ou pour des gloires disparues. Et pourquoi ne s'en émeut-elle pas ? Parce que Dieu ne s'en émeut pas lui-même. Dieu peut toujours être trouvé, et la foi possède toujours la certitude de le trouver en effet.
Mais la foi qui rendit ces saints hommes d'autrefois capables de refuser la nourriture du roi, leur fit aussi mépriser la statue du roi. Ils s'étaient séparés de toute souillure afin de jouir d'une communion plus intime avec le vrai Dieu ; et ils ne pouvaient par conséquent se prosterner devant une statue d'or, quelle que soit sa hauteur. Ils savaient que Dieu n'est pas une statue. Ils savaient qu'il est une réalité. Ils ne pouvaient offrir leur adoration qu'à lui seul, car il est seul, le véritable objet de l'adoration.
Peu leur importait que le monde entier soit contre eux, ils n'avaient à vivre que pour Dieu. On pouvait les accuser de se croire plus sages que leurs voisins. Peut-être, lorsqu'ils marchèrent à contre-courant de l'opinion publique, leur conduite fut-elle qualifiée de présomption. Peut-être même leur demanda-t-on s'ils étaient les seuls à connaître la vérité. « Les satrapes, les lieutenants, les gouverneurs, les conseillers, les trésoriers, les juges, les magistrats et tous les chefs de provinces », étaient-ils tous dans les ténèbres et dans l'ignorance ? Se pouvait-il que tant d'hommes de haut rang, d'intelligence et de savoir fussent dans l'erreur, et que quelques étrangers captifs fussent seuls dans le droit chemin ?
Nos consacrés n'avaient nullement à se préoccuper de telles questions. Leur chemin était clairement tracé devant eux. Devaient-ils, pour éviter d'avoir l'air de condamner la multitude, se prosterner devant une statue et l'adorer ? Certainement pas.
Et pourtant, combien de fois il arrive que ceux qui désirent garder toujours devant Dieu une conscience sans reproche sont accusés de s'élever au-dessus des autres et de les condamner ! Sans doute, Luther fut condamné par beaucoup pour s'être opposé aux docteurs, aux cardinaux et au pape. Aurait-il dû, pour éviter une telle condamnation, vivre et mourir dans l'erreur ? Qui pourrait le penser !
« Mais ! » dira-t-on peut-être, « Luther se trouvait face à une erreur flagrante ! » C'est ce que pensait Luther, mais des milliers d'hommes instruits et éminents pensaient tout autrement. De même, c'était à une idolâtrie manifeste que Schadrac, Méschac et Abed-Nego avaient affaire, mais le monde entier était d'un avis opposé.
Que faire alors ? « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes » (Actes 5.29). Que les autres agissent comme ils l'entendent : « Moi et ma maison, nous servirons l'Éternel » (Josué 24.15). S'il fallait rester dans l'erreur et persister à faire ce que l'on sent être mal, simplement pour éviter d'avoir l'air de juger autrui, où en serions-nous ?
Oh, mon bien-aimé lecteur ! Cherchez à tenir avec persévérance une marche ferme en avant et dirigée vers le ciel, celle d'un véritable disciple. Vous n'avez pas à vous demander si, en agissant ainsi, vous condamnez le monde. « Cessez de mal faire ! » c'est la première chose que le vrai disciple doit accomplir. Puis, lorsqu'il aura obéi à ce précepte, il pourra s'attendre à la réalisation de celui qui suit : « Apprenez à bien faire ! » « Si ton œil est net, tout ton corps sera éclairé » (Matthieu 6.22).
Lorsque Dieu parle, je n'ai pas à me tourner vers mes voisins pour savoir quel effet produira sur eux mon obéissance à sa voix, ni pour considérer ce qu'ils penseront de moi. Lorsque la voix de Jésus ressuscité et glorifié frappa l'oreille de Saul de Tarse, il ne s'enquit pas de ce que pourraient penser les principaux sacrificateurs et les pharisiens s'il obéissait. Assurément non : « Aussitôt, dit-il, je ne pris pas conseil de la chair ni du sang » (Galates 1.16). « Ainsi, ô roi Agrippa, je n'ai pas été désobéissant à la vision céleste » (Actes 26.19).
Tel est l'esprit et le véritable principe d'après lesquels doit marcher un disciple. « Donnez gloire à Dieu avant qu'il fasse venir les ténèbres, et avant que vos pieds bronchent sur les montagnes où l'on ne voit plus clair » (Jérémie 13.16). Rien ne peut être plus dangereux que d'hésiter encore, lorsque la lumière divine resplendit sur le chemin. Si vous n'agissez pas selon la lumière quand vous la possédez, vous serez sûrement enveloppé d'épaisses ténèbres. Et comme quelqu'un l'a dit : « N'allez jamais au-delà de votre foi, et ne restez jamais en arrière de votre conscience ! »
Mais, nous l'avons dit, si nos consacrés refusèrent de se prosterner devant la statue du roi, ils eurent à endurer la colère du roi et la fournaise qu'il avait fait allumer. Par la grâce de Dieu, ils étaient préparés à tout cela. Leur consécration était une chose réelle. Ils étaient prêts à souffrir la perte de toutes choses, même celle de la vie, pour défendre le vrai culte du Dieu d'Israël.
Ils servaient et adoraient leur Dieu, non seulement sous le paisible ombrage de la vigne et du figuier dans le pays de Canaan, mais aussi en présence de la « fournaise de feu ardent ». Ils confessaient l'Éternel, non seulement au milieu d'une assemblée de vrais adorateurs, mais aussi en face d'un monde ennemi. Il leur était véritablement échu d'être disciples dans un temps mauvais. Ils aimaient le Seigneur, et c'est pour l'amour de lui qu'ils refusèrent les biens du roi, qu'ils résistèrent à la colère du roi, et qu'ils endurèrent la fournaise du roi.
« Roi Nebucadnetsar, on n'a pas besoin de te répondre là-dessus. Notre Dieu, celui que nous servons, est capable de nous délivrer de la fournaise en feu, et il nous arrachera de ta main, ô roi ! Et même s'il ne le fait pas, sache bien, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux et que nous ne nous prosternerons pas devant la statue d'or que tu as fait dresser » (Daniel 3.16-18).
Voilà comment parlaient des hommes qui savaient très bien à qui ils appartenaient, et dans quelle situation ils se trouvaient. Des hommes qui avaient pesé le prix à payer, avec calme et détermination. Des hommes pour qui le Seigneur représentait tout, et le monde, rien. Tout ce que le monde pouvait leur offrir, y compris leur propre vie, était en jeu. Mais qu'est-ce que ça changeait pour eux ? Ils ont tout enduré « comme s'ils voyaient Celui qui est invisible » (Hébreux 11.27). La gloire éternelle était là, devant eux, et ils étaient prêts à y accéder même en traversant les flammes.
Dieu peut emmener ses serviteurs au ciel dans un chariot de feu ou à travers une fournaise, selon ce qu'il jugera bon pour nous. Peu importe la manière dont on y arrive : l'essentiel, c'est d'y être.
Mais est-ce que le Seigneur n'aurait pas pu empêcher que ses fidèles serviteurs soient jetés dans la fournaise ? Bien sûr que si, ça lui aurait été très facile. Pourtant, il ne l'a pas fait. Sa volonté, c'était que la foi de ses serviteurs soit mise à l'épreuve dans la fournaise, qu'elle passe par le creuset avec « pour résultat la louange, la gloire et l'honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra » (1 Pierre 1.7). Est-ce que le raffineur met le lingot d'or au feu parce qu'il n'a aucune valeur à ses yeux ? Pas du tout, c'est exactement le contraire. Et comme quelqu'un l'a si bien dit : « Son but n'est pas seulement de purifier le métal de tout alliage, mais aussi de lui donner plus d'éclat ! »
C'est clair : si le Seigneur avait empêché, par un acte de puissance, que ses serviteurs soient jetés dans la fournaise, il en aurait résulté moins de gloire pour lui, et donc moins de bénédiction pour eux.
Il valait infiniment mieux qu'ils profitent de sa présence et de sa compassion au cœur même de la fournaise, plutôt que sa puissance les préserve simplement d'y être jetés.
Quelle gloire en est ressortie pour lui, et quel immense privilège pour eux ! Le Seigneur était descendu pour marcher aux côtés de ses fidèles dans cette fournaise où leur fidélité les avait conduits. Ils avaient marché avec Dieu dans le palais du roi, et Dieu marchait avec eux dans la fournaise du roi. Ce fut le moment le plus béni de toute la vie de Shadrac, Méshac et Abed-Négo.
Le roi était bien loin de se douter de la position extraordinaire dans laquelle il plaçait ceux qui étaient l'objet de sa colère et de sa fureur ! Tous les regards se sont détournés de la statue pour contempler avec stupéfaction les trois captifs. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? « Trois hommes liés ! » ; et maintenant « quatre hommes libres ! » Est-ce que c'était vraiment possible ? Est-ce que c'était vraiment une fournaise ? Hélas, oui ! « Les hommes les plus forts et les plus vaillants de l'armée du roi en avaient éprouvé la réalité », tout comme la statue de Nebucadnetsar l'aurait éprouvée si elle y avait été jetée. Il n'y avait aucune place pour l'incrédulité ni pour le doute. C'était une vraie fournaise, de vraies flammes, et les « trois hommes » avaient été ligotés avec leurs vêtements, leurs chaussures, leurs coiffes et leurs habits. Tout était bien réel.
Mais il y avait une réalité plus grande encore : Dieu était là. Et sa présence changeait absolument tout. Elle « changeait la parole du roi », transformait la fournaise en un lieu de communion profonde et sainte, et faisait de ces hommes que Nebucadnetsar avait enchaînés des hommes libérés par Dieu.
Dieu était là ! Là, dans sa souveraineté, pour montrer à quel point l'opposition humaine est vaine. Là, dans toute sa tendresse et sa profonde compassion envers ses serviteurs fidèles et éprouvés. Là, dans sa grâce incomparable, pour libérer les captifs et amener le cœur de ses fidèles dans cette communion intime avec lui dont ils avaient si ardemment besoin.
Le temps de la patience de Dieu.
Cher lecteur, est-ce que ça ne vaut pas la peine de traverser une fournaise si c'est pour profiter davantage de la présence de Christ et de la compassion de son cœur aimant ? N'est-il pas préférable d'être enchaîné tout en ayant Christ, que de posséder sans lui les plus beaux joyaux ? Une fournaise avec lui, n'est-ce pas un endroit plus désirable qu'un palais où il n'habite pas ? Notre vieille nature répondra « non ! », mais la foi dira certainement « Oui ! »
Il est bon de se rappeler que le temps dans lequel nous vivons n'est pas celui de la puissance de Christ, mais celui de sa compassion. En traversant les eaux profondes de l'épreuve, il peut arriver que notre cœur soit tenté de s'écrier :
« Pourquoi le Seigneur n'agit-il pas avec puissance pour me délivrer ? » La réponse, c'est que ce n'est pas le temps de sa puissance. Il pourrait empêcher cette maladie, faire disparaître telle difficulté, éviter cette catastrophe, ou préserver de la mort un être cher. Mais au lieu de déployer sa puissance, il laisse les choses suivre leur cours et verse sa douce compassion dans le cœur accablé ; de telle sorte que nous finissons par reconnaître que nous n'aurions voulu, pour rien au monde, que cette épreuve nous soit épargnée, tant la consolation reçue est abondante.
C'est comme ça, cher lecteur, que notre Jésus agit en ce moment. Bientôt, il déploiera sa puissance. Il paraîtra monté sur le cheval blanc, il tirera son épée, il révélera la force de sa sainteté, il défendra son peuple et lui rendra justice pour toujours. Mais pour l'instant, son épée est au fourreau et son bras reste couvert. En ce moment, c'est le temps pour lui de faire connaître l'amour profond de son cœur, et non la puissance de son bras ni le tranchant de son épée.
Est-ce que vous êtes satisfait qu'il en soit ainsi ? La compassion de Christ suffit-elle à votre cœur, même au milieu des angoisses les plus profondes et des épreuves les plus dures ? Notre cœur agité, notre impatience et notre volonté non soumise voudraient toujours nous faire échapper à l'épreuve et aux difficultés. Mais ce n'est pas possible, car nous y perdrions énormément. Il faut passer par chacune des classes de l'école ; mais le Maître nous accompagne, et la lumière de son visage, la tendre compassion de son cœur nous soutiennent quand nous traversons les exercices les plus difficiles.
Le temps de la gloire.
Et voyez aussi quelle gloire rejaillit sur le nom du Seigneur quand, par sa puissante grâce, son peuple est rendu capable de traverser victorieusement une épreuve ! Lisez aussi Daniel 3.26-28, et dites-moi où l'on pourrait trouver des fruits plus abondants et plus beaux d'une marche fidèle.
Le roi et les grands de son royaume, qui un instant plus tôt étaient absorbés par les cérémonies d'un faux culte, et assommés par une musique assourdissante, sont maintenant entièrement captivés par ce fait extraordinaire : le feu, qui avait tué les hommes les plus forts et les plus vaillants, n'avait eu pour seul effet sur les adorateurs du vrai Dieu que de brûler leurs liens, leur permettant ainsi de marcher en liberté en compagnie du Fils de Dieu.
« Alors Nebucadnetsar s'approcha de la porte de la fournaise ardente, prit la parole et dit : Shadrac, Méshac et Abed-Négo, serviteurs du Dieu Souverain, sortez et venez. Alors Shadrac, Méshac et Abed-Négo sortirent du milieu du feu. Les satrapes, les gouverneurs, les lieutenants et les conseillers du roi s'assemblèrent pour observer ces hommes : le feu n'avait eu aucun pouvoir sur leur corps, pas un cheveu de leur tête n'était brûlé, leurs vêtements n'avaient subi aucun changement, et l'odeur du feu ne les avait même pas touchés » (Daniel 3.26-27).
Voilà un témoignage magnifique, un témoignage qui n'aurait jamais existé si le Seigneur avait empêché, par un acte de puissance, que ses serviteurs soient jetés dans la fournaise. Nebucadnetsar venait d'apprendre, par une preuve saisissante, que les serviteurs du Dieu Souverain n'avaient pas plus à craindre sa fournaise qu'à adorer sa statue. En résumé : l'ennemi était confondu, Dieu était glorifié, et ses chers serviteurs étaient sortis sans le moindre dommage de la fournaise ardente. Voilà les fruits précieux d'une fidélité sans compromis !
Voyez maintenant l'honneur qui rejaillit sur ces fidèles : « Alors Nebucadnetsar prit la parole et dit : Béni soit le Dieu de Shadrac, de Méshac et d'Abed-Négo ! » (Daniel 3.28) Leurs noms sont intimement liés à celui du Dieu d'Israël. Quel honneur ! Ils s'étaient identifiés au vrai Dieu alors que leur vie était en jeu ; c'est pourquoi le vrai Dieu s'identifiait à eux pour les conduire sur un terrain riche et béni. Il a affermi leurs pieds sur le roc et les a élevés au-dessus de leurs ennemis.
Comme cette parole est vraie : « J'honorerai ceux qui m'honorent ! » Mais il est tout aussi vrai que « ceux qui me méprisent seront méprisés » (1 Samuel 2.30).
Cher lecteur, avez-vous trouvé dans l'œuvre parfaite du Seigneur Jésus-Christ une paix solide et véritable pour votre conscience coupable ? Avez-vous cru Dieu simplement sur sa parole ? Avez-vous reconnu que Dieu est vrai ? Si c'est le cas, vous êtes un enfant de Dieu. Tous vos péchés sont pardonnés, et vous êtes accepté en Christ comme juste. Le ciel, avec toute sa gloire, est devant vous, et vous êtes aussi certain d'y être un jour que Christ lui-même, puisque vous êtes uni à lui.
Ainsi, tout est réglé pour vous pour le présent et pour l'éternité, selon le désir le plus profond de votre cœur. Ce qu'il fallait pour votre situation, vous l'avez trouvé : votre culpabilité a été ôtée, votre paix est établie, et votre avenir est assuré. Vous n'avez rien à faire par vous-même : tout est divinement accompli.
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