6. Fondamentaux bibliques (vol.2)
Chap: 6 - Le véritable ouvrier - Chaque partie de la Parole de Dieu recèle une fraîcheur inépuisable, mais plus particulièrement les passages qui nous présentent la personne bénie du Seigneur Jésus.
Les passages qui nous révèlent qui il était, ce qu'il a fait, ce qu'il a dit, comment il l'a fait et comment il l'a dit. Les passages aussi qui le présentent à nos cœurs dans ses allées et venues, dans ses voies incomparables, dans son esprit, son ton et ses manières, oui, dans son regard même.
Il y a en tout cela quelque chose qui captive et charme le cœur. C'est bien plus puissant que la simple énonciation de doctrines, aussi importantes soient-elles, ou que l'établissement de principes, aussi profonds soient-ils. Ceux-ci ont assurément leur valeur et leur place : ils éclairent l'entendement, instruisent l'esprit, forgent le jugement, gouvernent la conscience et, ce faisant, nous rendent un service inestimable.
Mais la présentation de la Personne du Christ touche le cœur, captive les affections, comble l'âme, imprègne tout l'être. En bref, rien ne saurait surpasser la communion du cœur avec le Christ lui-même, tel que le Saint-Esprit nous l'a révélé dans la Parole, plus particulièrement dans les récits inimitables des Évangiles. Puissions-nous en faire l'expérience en étudiant ensemble le chapitre onze de l'Évangile selon Matthieu, où nous découvrirons le Christ, véritable Ouvrier, à travers ses refus, ses ressources et ses rendements : les refus rencontrés durant son ministère, les ressources trouvées en Dieu, et les bienfaits qu'il nous accorde.
Les refus.
Jamais personne n'a œuvré pour Dieu en ce monde sans essuyer des refus, sous une forme ou une autre, et le seul Ouvrier parfait ne fait pas exception à la règle. Jésus a connu ses refus et ses déceptions. Car s'il en avait été autrement, il n'aurait pu compatir avec ceux qui y sont confrontés à chaque étape de leur cheminement. En tant qu'homme, il a pleinement ressenti tout ce que l'homme est capable de ressentir, excepté le péché. « Il a été tenté en tout point comme nous, à l'exception du péché » (Hébreux 4.15). « Il est touché par le sentiment de nos faiblesses ! » Il comprend parfaitement et vit pleinement tout ce que ses serviteurs doivent traverser dans leur mission.
Dans ce onzième chapitre, l'Esprit a rassemblé une série de ces refus et déceptions que l'Ouvrier parfait, le véritable Serviteur, le Ministre divin, a dû affronter dans l'exercice de son ministère. Le premier d'entre eux venait d'un endroit où on ne l'aurait pas attendu : Jean-Baptiste lui-même.
« Or, Jean, ayant entendu parler des œuvres du Christ dans sa prison, envoya deux de ses disciples lui demander : Es-tu celui qui devait venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Matthieu 11.3).
Il est très évident qu'au moment où le Baptiste envoya ce message à son Maître, son esprit était sous un nuage. C'était une période sombre dans son expérience. Cela n'avait rien d'inhabituel. Les meilleurs et les plus fidèles serviteurs du Christ ont vu, à certains moments, leur esprit assombri par les ombres de l'incrédulité, du découragement et de l'impatience. Moïse, ce serviteur de Dieu si honoré et si fidèle, a laissé échapper un jour ces paroles : « Pourquoi as-tu affligé ton serviteur, et pourquoi n'ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, pour que tu aies mis sur moi la charge de tout ce peuple ? … Je ne suis pas capable de porter seul tout ce peuple, car c'est un fardeau trop pesant pour moi. Si tu me traites ainsi, tue-moi, je te prie, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, et que je ne voie pas mon malheur » (Nombres 11.11-15).
Tel fut le langage de l'homme le plus humble de la terre ; un langage arraché, sans doute, par des circonstances extrêmement difficiles, voire par les murmures de six cent mille hommes à pied. Mais c'était bien le langage de Moïse. Et il serait assurément déplacé de s'en étonner, car quel simple mortel aurait pu supporter la pression intense d'un tel moment ? Quel rempart humain aurait pu résister à la violence d'un tel raz-de-marée ?
De même, nous trouvons Élie le Tishbite, dans un moment de pression intense, alors qu'un nuage sombre passait sur son âme, se jetant sous un genêt et en demandant la mort : « C'est assez ! Maintenant, Éternel, prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères » (1 Rois 19.4). C'était le langage d'Élie, l'un des serviteurs du Christ les plus honorés ; un langage arraché, sans doute, par une combinaison des influences les plus décourageantes. Mais c'était bien le langage d'Élie le Tishbite. Et que nul ne le blâme avant d'avoir lui-même traversé, sans un sentiment d'hésitation ni une parole chancelante, des conditions semblables.
De même, nous trouvons Jérémie, un autre serviteur du Christ, sous les coups de Pashur et les insultes moqueuses des impies qui l'entouraient, s'exprimant en ces termes :
« Éternel, tu m'as persuadé, et je me suis laissé persuader ; tu m'as saisi, tu as été le plus fort… Car depuis que je parle, je crie à la violence et à l'oppression… Alors j'ai dit : Je ne ferai plus mention de lui, je ne parlerai plus en son nom ». Et encore : « Maudit soit le jour où je suis né… Pourquoi suis-je sorti du sein de ma mère pour voir la souffrance et la douleur, et consumer mes jours dans la honte ? » (Jérémie 20.7-9 ; 14-18).
Tel fut le langage du prophète en larmes ; arraché, sans doute, par de durs refus et de cruelles déceptions dans son ministère prophétique. Mais c'était bien le langage de Jérémie. Et avant de le condamner, voyons si nous ferions mieux sous une pression semblable.
Faut-il s'étonner, dès lors, après avoir lu de tels récits, de voir le Baptiste vaciller un instant dans l'obscurité du cachot d'Hérode ? Devrions-nous être très surpris de découvrir qu'il n'était pas plus robuste que les ouvriers des générations précédentes ? Si le législateur, le réformateur et le prophète d'Israël accablé de larmes ont chacun, en leur temps, vacillé sous le poids écrasant de leur fardeau, devons-nous être surpris de voir « Jean, fils de Zacharie », éprouver un bref sentiment d'impatience et d'incrédulité sous l'ombre menaçante des murs de sa prison ? Assurément pas, du moins, pas avant d'avoir nous-mêmes subi, impassibles, des influences semblables.
Et pourtant, nous avons osé affirmer que le message de Jean fut un refus et une déception pour l'esprit de son Maître. Oui, c'est précisément ce que nous affirmons, et nous trouvons l'autorité de notre affirmation dans la manière dont le Christ a répondu :
« Jésus leur répondit : Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez. Les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne trouve pas en moi une occasion de chute ! » (Matthieu 11.4-6).
Il est fort possible, voire probable, que le Baptiste, sous l'ombre passagère du doute, ait été tenté de se demander si Jésus était bien celui à qui il avait, dans l'exercice de son ministère, rendu un témoignage si complet et sans réserve. Il trébucha sans doute un instant en se voyant prisonnier d'Hérode tout en entendant parler des œuvres du Christ. Son cœur misérable put alors se laisser aller à des raisonnements tels que celui-ci : « Si c'est bien le glorieux Messie que nous attendions, dont le règne devait être instauré avec puissance, pourquoi suis-je ainsi, moi, son serviteur et témoin ? Pourquoi suis-je ici, dans l'obscurité de cette prison ? Pourquoi la main puissante ne se tend-elle pas pour me libérer de ces chaînes et ouvrir les portes de cette prison ? »
Si tel était le raisonnement du baptiste captif, et nous pouvons aisément le croire, quelle réponse puissante, pertinente et percutante se cachait dans la réplique de son Maître ! Il le renvoie aux grandes preuves morales de sa mission divine, qui suffisaient amplement à convaincre quiconque était instruit par Dieu. N'était-il pas prévisible que si le Dieu d'Israël apparaissait au milieu de son peuple, il s'intéresserait à sa condition réelle ? Était-ce le moment de faire étalage de sa seule puissance ? Le Fils de David pouvait-il établir son trône au milieu de la maladie et de la misère ? N'était-il pas nécessaire qu'il fasse preuve de patience, d'humilité et de miséricorde face aux fruits variés et multiples du péché ?
Certes, la force brute aurait pu ouvrir les portes de la prison d'Hérode et libérer le captif. Mais qu'en était-il alors des boiteux, des aveugles, des sourds, des lépreux, des morts, des pauvres, des misérables ? La démonstration de la royauté pouvait-elle améliorer leur sort ? N'était-il pas évident qu'il fallait autre chose ? Et n'était-il pas tout aussi évident que ce quelque chose était fourni par les ministères bienveillants, tendres et apaisants du simple Jésus de Nazareth ?
Oui, et le Baptiste aurait dû le savoir. Mais hélas, nous devons marcher sur la pointe des pieds dans la prison de cet honorable serviteur du Christ ; non seulement parce que la grâce nous y invite, mais aussi parce que nous avons la conviction que si nous avions été à sa place, les fondements de notre foi personnelle, s'ils n'étaient soutenus par la grâce, se seraient effondrés de façon bien plus déplorable.
Il est néanmoins important de bien comprendre l'échec de Jean-Baptiste et de tirer avec soin l'enseignement de son abattement passager. Nous gagnerons à discerner clairement ce qui manquait à sa foi, afin de profiter nous-mêmes de ce récit touchant et instructif.
Il aurait été grandement bénéfique à Jean-Baptiste de comprendre et de se souvenir que ce jour est celui de la compassion du Christ, et non celui de sa puissance. S'il en avait été autrement, il n'y aurait ni prison, ni échafaud, ni bûcher, ni épreuve, ni chagrin d'aucune sorte pour les saints de Dieu. Il n'y aurait alors ni vagues tumultueuses, ni nuages dans le ciel, ni tempêtes à affronter, ni difficultés à endurer.
Mais voici le jour de la compassion du Christ. Et la question qui se pose à ceux qui sont éprouvés et tentés, harcelés et opprimés, est la suivante : « Que préférez-vous : la puissance de la main du Christ pour vous délivrer de l'épreuve, ou la compassion de son cœur dans l'épreuve ? »
L'esprit charnel, le cœur indompté, l'âme agitée s'écrieront sans doute aussitôt : « Oh, qu'il déploie seulement sa puissance et me délivre de cette épreuve insupportable, de ce fardeau intolérable, de cette difficulté écrasante ! Je demande la délivrance. Je ne veux que la délivrance ! »
Certains d'entre nous comprennent parfaitement cela. Nous sommes si souvent comme un taureau peu habitué au joug, nous débattant sans cesse au lieu de nous soumettre patiemment, rendant le joug d'autant plus pénible et douloureux par nos efforts vains et inutiles pour nous en débarrasser. Mais l'esprit spirituel, le cœur soumis, l'âme humble diront sans la moindre réserve : « Laissez-moi seulement goûter la douce compassion du cœur de Jésus dans mon épreuve, et je ne demande rien de plus. Je ne veux pas que même la puissance de sa main me prive d'une seule goutte de consolation offerte par l'amour tendre et la profonde compassion de son cœur ! »
« Je sais, assurément, qu'il pourrait me délivrer. Je sais qu'en un clin d'œil, il pourrait briser ces chaînes, aplanir les murs de cette prison, chasser cette maladie, relever cet être cher qui gît devant moi dans l'étreinte froide de la mort, alléger ce lourd fardeau, surmonter cette difficulté, combler ce besoin ! »
« Mais s'il ne le juge pas bon, si cela ne correspond pas à ses desseins insondables et à son dessein sage et fidèle à mon égard, je sais que c'est uniquement pour me conduire à une expérience plus profonde et plus riche de sa précieuse compassion. S'il ne juge pas bon de me retirer du chemin ardu des épreuves et des difficultés ; ce chemin qu'il a lui-même parcouru dans sa perfection, ainsi que tous ses saints à travers les âges, chacun à leur manière ; son dessein bienveillant est de venir cheminer avec moi sur cette voie qui, bien qu'escarpée et semée d'embûches, mène aux demeures éternelles de lumière et de béatitude ! »
Nous ne pouvons douter un seul instant que la connaissance et le souvenir de ces choses auraient grandement soulagé le cœur de Jean-Baptiste au milieu de son emprisonnement. Et assurément, elles apaiseraient et soutiendraient nos cœurs face aux diverses épreuves que nous sommes appelés à traverser dans ce désert.
Le moment n'est pas encore venu pour Jésus de s'emparer de sa grande puissance et de régner. C'est le jour de sa patience envers le monde, de sa compassion envers son peuple. Nous devons toujours nous en souvenir. Il n'a pas usé de sa force pour éviter quoi que ce soit de sa propre souffrance. Bien au contraire, lorsque Pierre, dans un zèle malavisé, a tiré l'épée pour le défendre, il a dit : « Remets ton épée à sa place ; car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée. Crois-tu que je ne puisse pas maintenant prier mon Père, et qu'il ne me donne pas aussitôt plus de douze légions d'anges ? Comment alors s'accompliraient les Écritures qui disent qu'il doit en être ainsi ? » (Matthieu 26.52-54).
Bien que nous reconnaissions pleinement l'échec momentané de Jean-Baptiste, et que nous discernions clairement les moments où sa foi s'est révélée défaillante, souvenons-nous de la pression des circonstances et de la grande difficulté pratique de l'enseignement qu'il était appelé à recevoir entre les murs de sa prison.
Il est très difficile pour un ouvrier de se voir mis à l'écart. Peu de choses sont plus difficiles pour un esprit actif que d'apprendre qu'on peut se passer de lui. Nous avons si souvent tendance à penser que le travail ne peut se poursuivre sans nous. Et pourtant, le Seigneur peut rapidement nous faire prendre conscience de notre erreur. Les chaînes de Paul ont fait progresser la cause du Christ. L'emprisonnement d'un grand prédicateur a suscité une multitude de prédicateurs moins importants. L'incarcération de Luther à la Wartburg a favorisé la cause de la Réforme.
Il en est toujours ainsi. Et nous devons tous en tirer cette saine leçon : Dieu peut se passer de nous, l'œuvre peut se poursuivre sans nous. Cela est vrai en toutes circonstances. Peu importe notre domaine d'activité. Nous ne sommes peut-être ni apôtres ni réformateurs, ni enseignants ni prédicateurs. Mais quoi que nous soyons, il est bon de savoir que nous pouvons très facilement être remplacés. Ce souvenir apaise profondément le cœur. Il tend miraculeusement à nous guérir de cette vanité si détestable, et nous permet de dire : « Loué soit le Seigneur ! L'œuvre s'accomplit. Je suis satisfait ! »
Le lecteur discernera une différence très nette entre le message du Christ à Jean et son témoignage à son sujet. En s'adressant à son serviteur, il lui fait comprendre, sans équivoque, qu'il avait compris sa question. Cela ne nous pose aucun problème. Nous sommes persuadés que la réponse du Seigneur à son serviteur était comme une flèche acérée. Certes, cette flèche était présentée avec une grande délicatesse, mais c'était bien une flèche, et une flèche acérée.
« Heureux celui qui ne trouve pas en moi une occasion de chute » (Matthieu 11.6). Jean, sans aucun doute, le comprenait. Ces mots étaient destinés à résonner au plus profond de son âme. Ce cher serviteur avait dit, au sujet de Jésus : « Il faut qu'il croisse, et que je diminue » (Jean 3.30). Et il était appelé à vivre concrètement cette réalité, non seulement dans son ministère, mais aussi dans sa personne.
Il devait se résoudre à finir sa vie sous l'épée du bourreau, après avoir passé ses derniers jours dans l'obscurité d'un cachot. Quel mystère ! Quelle leçon profonde à recevoir ! Combien c'est dur à accepter pour un être humain !
Quel besoin urgent il y avait, à un tel moment, que Jésus lui murmure à l'oreille ces mots qu'il adressa plus tard à Pierre : « Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras plus tard » (Jean 13.7).
Quelles paroles chargées de sens ! « Maintenant » et « Plus tard » ! Combien il est important de s'en souvenir ! Souvent, le « maintenant » nous paraît plongé dans une obscurité profonde et impénétrable. De lourds nuages planent sur notre chemin. Les desseins de notre Père nous sont parfaitement inexplicables. Notre esprit est déconcerté. Il y a sur notre chemin des circonstances que nous ne pouvons expliquer, des éléments de notre vie dont nous ne comprenons ni n'apprécions le sens. Nous sommes désemparés et avons envie de crier : « Pourquoi suis-je ainsi ? » Nous sommes entièrement absorbés par le « maintenant », et notre esprit est rempli de raisonnements obscurs et incrédules ; jusqu'à ce que ces précieuses paroles tombent, d'une voix douce et légère, à notre oreille : « Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant ; mais tu le sauras plus tard ».
Alors les raisonnements trouvent réponse, la tempête s'apaise, le sombre et déprimant « maintenant » s'illumine des rayons d'un « plus tard » brillant et glorieux, et le cœur soumis murmure, dans une sage acceptation : « Comme tu le veux, Seigneur ! »
Puissions-nous en savoir davantage ! Assurément, nous en avons besoin, quel que soit notre destin en ce monde. Nous ne serons peut-être pas appelés, comme le Baptiste, à la prison et à l'échafaud. Mais chacun a son « maintenant » qui doit être interprété à la lumière du « plus tard ». Nous devons considérer le « visible et temporel » dans la lumière claire et bienheureuse de l’« invisible et éternel ».
Mais revenons un instant sur le témoignage du Christ au sujet de Jean.
« Comme ils s'en allaient, Jésus se mit à parler à la foule au sujet de Jean : Qu'êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ? Qu'êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d'habits somptueux ? Ceux qui portent des vêtements somptueux habitent dans les palais des rois. Qu'êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu'un prophète. Car c'est de lui qu'il est écrit : Voici, j'envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi. En vérité, je vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'y en a pas eu de plus grand que Jean-Baptiste ; cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui » (Matthieu 11.7-11).
Pour bien comprendre cette dernière phrase, il nous faut distinguer le caractère et la vie personnelle de Jean de sa position officielle et de son rôle dans le plan divin. Si nous le considérons dans sa personne et sa conduite, peu pourraient lui être comparés en matière de séparation et de dévouement. Mais si nous le considérons à la place qui lui est assignée dans le plan divin, le plus faible et le plus humble du royaume occupe une place meilleure et plus élevée.
La même remarque vaut pour les saints de l'Ancien Testament. Prenons Abraham, par exemple. Si nous le comparons aux meilleurs des enfants de Dieu de cette dispensation, le « père des croyants » pourrait se situer au-dessus en ce qui concerne la foi personnelle, la connaissance de Dieu et la véritable dévotion. Mais le membre le plus faible de l'Église de Dieu occupe, dans le plan divin, une place qu'Abraham n'a jamais envisagée, car elle ne lui avait pas été révélée.
Beaucoup de personnes pieuses et dévouées s'empêchent de voir la dignité et les privilèges des saints de cette dispensation, en se comparant personnellement aux croyants de l'Ancien Testament. Mais nous devons nous rappeler qu'il ne s'agit pas de ce que nous sommes en nous-mêmes, mais de la place que Dieu, dans l'organisation de son royaume et de sa maison, a jugé bon de nous assigner. Et s'il lui a plu de nous donner une place plus élevée que celle occupée par son peuple au temps de l'Ancien Testament, ce n'est pas faire preuve de véritable humilité que de la refuser. Bien au contraire : recherchons la grâce de l'occuper comme il se doit et de vivre d'une manière digne de cette place.
Tel fut le témoignage vibrant rendu par le Christ au sujet de son serviteur, Jean-Baptiste : « Parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'y en a pas eu de plus grand que lui » (Matthieu 11.11). Il y a là un grand principe, un principe que l'on retrouve maintes fois illustré dans le récit des relations de Dieu avec son peuple. Si le Seigneur avait un message à transmettre à son serviteur, il le lui aurait transmis. Il lui aurait parlé clairement et sans détour. Mais dès l'instant où il s'adresse à d'autres à son sujet, la situation est tout autre.
Ainsi en est-il toujours, et Dieu soit loué ! Nous avons nos voies, et Dieu a ses pensées. S'il agit fidèlement envers nous en ce qui concerne nos voies, il ne peut parler de nous que selon ses pensées.
Quel soulagement pour le cœur ! Quel réconfort ! Quelle force morale ! Quel fondement solide pour l'introspection ! Dieu nous a donné une place, et c'est en fonction de cette place qu'il pense à nous et parle de nous.
Nous avons nos manières d'agir, et c'est en fonction de celles-ci qu'il agit et nous parle. Il nous révèle à nous-mêmes, nous fait prendre conscience de nos voies et juger nos actions.
Mais dès qu'il commence à parler de nous aux autres, il révèle la perfection de ses propres pensées à notre égard, et parle de nous selon la place parfaite qu'il nous a donnée en sa présence, fruit de ses desseins éternels et de son œuvre parfaite en notre faveur.
« Dieu n'est point un homme pour mentir, ni un fils d'homme pour se repentir. Ce qu'il a dit, ne le fera-t-il pas ? Ce qu'il a promis, ne l'accomplira-t-il pas ? Voici, j'ai reçu l'ordre de bénir, et il a béni ; je ne puis le révoquer. Il n'a point aperçu d'iniquité en Jacob, ni vu de perversité en Israël. L'Éternel, son Dieu, est avec lui, et la voix d'un roi retentit parmi eux » (Nombres 23.19-23).
Quelle grâce ! « Je n'ai point contemplé l'iniquité, ni vu la perversité ! » Que pouvait bien répondre l'ennemi ? « Qu'a fait Dieu ! » et non pas : « Qu'a fait Israël ! » Ils avaient commis la folie à maintes reprises. Mais Dieu avait accompli le salut. Il avait agi pour sa propre gloire, et cette gloire avait resplendi dans la délivrance parfaite d'un peuple tortueux, pervers et obstiné. Il était vain pour l'ennemi de parler d'iniquité et de perversité si l'Éternel ne voyait ni l'une ni l'autre. Il nous importe peu que Satan accuse quand Dieu a acquitté, que Satan compte nos péchés quand Dieu les a tous effacés à jamais, que Satan condamne quand Dieu a justifié.
Mais certains pourraient être tentés de demander : « N'y a-t-il pas un danger à énoncer un tel principe ? Ne risque-t-il pas de nous entraîner dans la région obscure et périlleuse de l'antinomisme ? »
Soyez-en pleinement assurés : vous n'êtes jamais plus éloignés de cette région si justement redoutée que lorsque votre âme baigne dans la lumière bienfaisante de la grâce éternelle de Dieu, et se réjouit de la stabilité de son salut inconditionnel et éternel. Il n'y a jamais eu de plus grande erreur que d'imaginer que la grâce gratuite de Dieu, et le salut parfait, ne puissent jamais aboutir à de mauvaises conséquences. Les conceptions humaines de ces choses peuvent avoir cet effet. Mais là où la grâce est pleinement connue et le salut pleinement vécu, là vous trouverez assurément « les fruits de la justice qui viennent par Jésus-Christ, à la gloire et à la louange de Dieu » (Philippiens 1.11).
Nous savons pourtant que c'est une vieille habitude, propre à un légalisme ignorant et prétentieux, d'attribuer une tendance antinomienne à la grâce imméritée de Dieu. « Devons-nous persévérer dans le péché afin que la grâce abonde ? » (Romains 6.1), n'est pas une objection moderne aux précieuses doctrines de la grâce. Et pourtant, ces doctrines demeurent intactes dans toute leur pureté et leur puissance, et trouvent leur centre divin dans la Personne même du Christ.
Lui, mort sur la croix pour ôter nos péchés, est devenu notre vie et notre justice, notre sanctification et notre rédemption, notre tout en tous. Il nous a non seulement délivrés des conséquences futures du péché, mais aussi de son pouvoir présent. Voilà ce que Dieu a accompli, et voilà le fondement du grand principe sur lequel nous nous sommes attardés ; et dont nous avons vu diverses illustrations dans les actions de Dieu envers Israël dans les plaines de Moab, et dans celles du Christ envers Jean-Baptiste dans le cachot d'Hérode.
L'Éternel contraignait Balaam à s'écrier aux oreilles de Balak : « Que tes tentes sont belles, ô Jacob, et tes tabernacles, ô Israël ! » ; au moment même où ces tentes et ces tabernacles fournissaient matière à jugement. De même, Jésus proclamait à la foule la grandeur de Jean-Baptiste, au moment même où les messagers retournaient vers leurs maîtres porteurs d'une flèche destinée à son cœur.
Nous souhaitons maintenant que le lecteur comprenne clairement ce principe et le garde constamment à l'esprit. Si nous ne nous trompons pas, cela lui sera d'une grande aide ; non seulement pour comprendre la Parole de Dieu, mais aussi pour interpréter ses voies.
Dieu juge son peuple. Il ne peut et ne veut pas fermer les yeux sur un iota dans sa conduite. Le témoignage éclatant de Balaam sur les hauteurs de Moab fut suivi du javelot acéré de Phinées dans les plaines de Moab : « Notre Dieu est un feu dévorant » (Hébreux 12.29). Voilà ce qu'est notre Dieu aujourd'hui. Il ne peut tolérer le mal. Il parle de nous, il pense à nous, il agit envers nous selon la perfection de son œuvre. Mais il jugera nos voies.
Qu'un ennemi vienne accuser, et que voit-il ? Pas une tâche, pas une souillure ; tout est parfait, beau et irréprochable. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment l'œil de Dieu pourrait-il contempler et retenir ces péchés à jamais effacés par le sang de l'Agneau ? Absolument impossible.
Que faire alors ? Cela banalise-t-il le péché ? Loin de là ! Cela ouvre-t-il la porte à la débauche ? Non, cela pose le seul et véritable fondement de la sainteté personnelle. « Le Seigneur jugera son peuple » (Deutéronome 32.36). Il veillera sur la voie de ses enfants. Il préservera sa sainteté.
Et non seulement cela, mais il fera participer son peuple à cette sainteté et le châtiera avec la verge d'une discipline fidèle, précisément dans ce but.
C'est précisément parce que les tentes d'Israël étaient belles aux yeux de l'Éternel qu'il envoya Phinées au cœur même de ces tentes, brandissant le javelot d'un juste jugement.
Ainsi, parce que son peuple lui est précieux et qu'il est beau à ses yeux, il ne tolérera rien en lui ni dans sa conduite, qui soit contraire à sa sainteté : « Le temps est venu où le jugement doit commencer par la maison de Dieu » (1 Pierre 4.17). Dieu ne juge pas le monde maintenant, il juge son peuple maintenant. Il jugera le monde plus tard. Mais souvenons-nous que c'est en tant que « Père saint », qu'il juge son peuple ; c'est en tant que Dieu juste qu'il jugera le monde. Le but du premier est la sainteté pratique, le résultat du second sera la perdition éternelle. Méditons cela !
Mais il y a un autre point à ce sujet que nous souhaitons souligner auprès du lecteur chrétien ; un point d'une importance pratique capitale. Il ne faut pas mesurer notre position à l'aune de notre état, mais toujours juger notre état à l'aune de notre position. Nombreux sont ceux qui se trompent à cet égard, et leur erreur conduit aux conséquences les plus désastreuses.
La position du croyant est immuable, parfaite, éternelle, divine. Son état est imparfait et fluctuant. Il participe de la nature divine, qui ne peut pécher. Mais il porte aussi en lui sa vieille nature, qui ne peut que pécher. Désormais, sa position est dans le nouveau et non dans l'ancien. Dieu ne le voit que dans le nouveau. Il n'est plus dans la chair, mais dans l'Esprit. Il n'est plus sous la loi, mais sous la grâce. Il est en Christ. Dieu le voit comme tel. Telle est sa position parfaite et inaltérable : ses péchés sont pardonnés, sa personne est acceptée, tout est accompli.
Sa condition ne peut jamais affecter sa position. Elle peut très gravement nuire à sa communion avec Dieu, à son culte, à son témoignage, à son utilité, à sa joie spirituelle, à sa paix intérieure, à la gloire de Christ qui se manifeste dans sa vie quotidienne. Ce sont là des conséquences graves aux yeux de toute conscience sensible et de tout esprit éclairé. Mais la position du véritable croyant demeure toujours intacte et inaltérable. Le plus faible des membres de la famille de Dieu jouit de cette sécurité et est parfait en Christ. Le nier, c'est nier le véritable fondement de l'examen de soi et de la sainteté pratique. Par conséquent, si le chrétien s'attache à mesurer sa valeur par sa condition, il ne peut qu'être malheureux, et sa souffrance morale est à la mesure de son honnêteté et de son intelligence.
L'ignorance, la suffisance ou le manque de sincérité peuvent parfois conduire à une sorte de paix illusoire. Mais là où réside une once de lumière, d'intelligence et de droiture, la souffrance morale est inévitable si l'on se mesure à sa condition.
En revanche, n'oublions jamais que la condition doit être jugée à l'aune de la position. Si cette vérité salutaire venait à nous échapper, nous serions bien vite en train de perdre la foi et la conscience. Nous devons garder les yeux de la foi fixés sans relâche sur le Christ ressuscité et ne jamais nous contenter de moins qu'une parfaite conformité à lui, en esprit, en âme et en corps.
Quelques mots suffiront à résumer les autres refus auxquels notre Seigneur a dû faire face, tels que relatés dans notre chapitre. Après avoir réglé la question du Baptiste et de son ministère, il se tourne vers les hommes de cette génération et dit :
« A qui comparerai-je cette génération ? Elle ressemble à des enfants assis dans des places publiques, et qui, s'adressant à d'autres enfants, disent : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé ; nous avons chanté des complaintes, et vous ne vous êtes pas lamentés. Car Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et ils disent : Il a un démon. Le Fils de l'homme est venu, mangeant et buvant, et ils disent : C'est un mangeur et un buveur, un ami des publicains et des gens de mauvaise vie. Mais la sagesse a été justifiée par ses œuvres » (Matthieu 11.16-19).
Les chants et les lamentations furent négligés par une époque incrédule. « Jean est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n'avez pas cru en lui » (Matthieu 21.32). Le Seigneur Jésus est venu dans une grâce parfaite, et ils ne l'ont pas accueilli. Le ministre sévère et distant de la justice, la hache du jugement à la main, et le ministre humble et doux de la grâce divine, avec ses paroles de tendresse et ses actes de bonté, tous deux furent rejetés par les hommes de cette génération.
Mais les enfants de la sagesse la justifieront toujours, dans tous ses actes et dans toutes ses paroles. Loué soit le Seigneur pour cette immense miséricorde ! Quel privilège d'être parmi les enfants de la sagesse ; avoir des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et un cœur pour comprendre et apprécier les voies, les œuvres et les paroles de la Sagesse divine !
« Alors il se mit à faire des reproches aux villes dans lesquelles avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu'elles ne s'étaient pas repenties. Malheur à toi, Chorazin! malheur à toi, Bethsaïda ! car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu'elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre. C'est pourquoi je vous le dis : au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous.
Et toi, Capernaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel ? Non. Tu seras abaissée jusqu'au séjour des morts ; car, si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd'hui » (Matthieu 11.20-23).
Avec quelle solennité profonde et terrible résonne le mot « Malheur ! » prononcé par le Fils de Dieu. C'est le malheur qui découle du rejet de la grâce. Il ne s'agit plus seulement d'une loi transgressée, d'ordonnances déshonorées et bafouées, d'institutions divines honteusement corrompues, de prophètes et de sages rejetés et lapidés.
Hélas, il y avait tout cela ! Mais il y avait plus encore. Le Fils lui-même était venu, dans toute sa grâce. Il avait prononcé à leurs oreilles des paroles que nul autre n'avait jamais prononcées. Il avait accompli ses puissants miracles au milieu d'eux. Il avait guéri leurs malades, purifié leurs lépreux, ressuscité leurs morts, nourri les affamés, ouvert les yeux des aveugles. Que n'avait-il pas fait ? Que n'avait-il pas dit ?
Il désirait ardemment les rassembler sous son aile protectrice, mais ils refusaient de s'y abriter. Ils préféraient les ailes de l'ennemi juré aux ailes de l'Éternel. Il leur avait ouvert son sein, mais ils ne voulaient pas lui faire confiance. Tout le jour, il leur avait tendu les mains, mais ils ne voulaient pas de lui. Et maintenant, enfin, après une longue patience, il déverse sur eux ses sombres « malheurs » et leur annonce le destin terrible qui les attend.
Mais, cher lecteur, ne vous vient-il pas à l'esprit que le « malheur » du onzième chapitre de Matthieu pourrait avoir une portée plus vaste encore que Chorazin, Bethsaïda et Capernaüm ? Ne devrait-il pas résonner avec une force encore plus profonde et une puissance plus accablante pour les âmes de la chrétienté ?
Pour notre part, nous n'en doutons pas un instant. Nous ne pouvons prétendre explorer les circonstances qui contribuent à aggraver la culpabilité de l'Église professante, la large diffusion de la connaissance biblique et de la lumière évangélique, les innombrables formes sous lesquelles les privilèges spirituels se présentent sur le chemin de cette génération.
Et quel est le retour ? Quelle est la véritable condition pratique, même pour ceux qui occupent les plus hautes sphères de la foi chrétienne ? Hélas, qui osera répondre ? D'un côté, nous voyons les sombres ombres de la superstition envelopper les esprits. De l'autre, nous voyons l'incrédulité dresser son front audacieux et impudent, osant porter sa main impie sur le canon sacré de l'inspiration.
À cela s'ajoute le désespoir des cœurs misérables qui s'accrochent avidement à tout ce qui peut leur apporter confort et complaisance. En un mot, on peut affirmer sans risque d'erreur que, de toute l'histoire du monde, aucun spectacle plus sombre ne s'est offert que celui que la chrétienté professante présente en ce moment même.
Car si dans les villes anciennes vous trouvez la perversité et l'infidélité, vous ne les trouvez pas, comme dans la chrétienté, plaquées sur le nom du Christ ni dissimulées sous les faux atours de la profession de foi chrétienne. C'est là le péché aggravé de la chrétienté, et c'est pourquoi le terrible « Malheur à toi ! » doit être mesuré à l'aune de l'étendue des privilèges et de la responsabilité qui en découle.
Et si ces lignes étaient lues par quelqu'un qui, jusqu'à présent, a rejeté le témoignage de l'Évangile, nous lui rappellerions avec affection la gravité de ces mots : « Malheur à toi ! » Nous craignons que bien peu réalisent la terrible responsabilité que représente le fait d'entendre et de rejeter sans cesse le message de l'Évangile.
Si pour Capernaüm rejeter la lumière qui l'éclairait était une chose grave, combien plus grave encore est-il pour quiconque, aujourd'hui, de rejeter la lumière encore plus éclatante qui brille sur lui dans l'Évangile de la grâce de Dieu ! La rédemption est accomplie, le Christ est exalté comme Prince et Sauveur, le Saint-Esprit est descendu, le canon de l'inspiration est complet, tout ce que l'amour pouvait accomplir a été réalisé.
Si donc, malgré toute cette lumière et ces grâces accumulées, un homme persiste dans l'incrédulité, vivant encore dans ses péchés, il a assurément bien des raisons de craindre que ces paroles ne soient prononcées contre lui à la fin : « Malheur à toi, qui rejettes l'Évangile ! »
« Puisque j'appelle et que vous résistez, puisque j'étends ma main et que personne n'y prend garde, puisque vous rejetez tous mes conseils, et que vous n'aimez pas mes réprimandes, moi aussi, je rirai quand vous serez dans le malheur, je me moquerai quand la terreur vous saisira, quand la terreur vous saisira comme une tempête, et que le malheur vous enveloppera comme un tourbillon, quand la détresse et l'angoisse fondront sur vous. Alors ils m'appelleront, et je ne répondrai pas ; ils me chercheront, et ils ne me trouveront pas » (Proverbes 1.24-28). Puisse le Saint-Esprit se servir de ces paroles pour éveiller quelque lecteur insouciant et le conduire aux pieds de Jésus !
Les ressources.
Tournons-nous un instant vers les ressources que le véritable, le parfait, le divin Ouvrier a trouvées en Dieu.
Ce Bienheureux a certainement connu des épreuves dans ce monde misérable, mais il avait en Dieu des ressources inépuisables. C'est pourquoi, lorsque tout semblait se liguer contre lui, lorsqu'il aurait pu dire : « J'ai travaillé en vain, j'ai dépensé mes forces pour rien » (Ésaïe 49.4), lorsque l'incrédulité, l'endurcissement du cœur et le rejet l'assaillaient de toutes parts :
« Jésus prit alors la parole et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux tout-petits. Oui, Père, car telle a été ta volonté. Toutes choses m'ont été données par mon Père ; et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; et personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Matthieu 11.25-27).
Voilà donc les ressources, les ressources riches et variées du véritable Ouvrier, qui savait remercier Dieu en toutes circonstances et en tout temps. Il demeurait imperturbable au milieu de tout. Si le témoignage était rejeté, si le message tombait dans l'oreille d'un sourd et dans un cœur insensible, si la précieuse semence semée par sa main aimante tombait sur le chemin battu et était emportée par les oiseaux du ciel, il pouvait incliner la tête et dire : « Je te remercie, ô Père. Oui, Père, car telle fut ta volonté ! » Il ne faillit jamais. Il marcha et travailla toujours selon la parfaite voie des desseins divins.
Il n'en va pas de même pour nous, si notre témoignage est rejeté, si notre travail demeure infructueux, il nous faudra peut-être en rechercher la cause. Il nous faudra peut-être nous remettre en question. Peut-être avons-nous manqué de fidélité. L'absence de résultat est peut-être entièrement de notre faute. Il en aurait été autrement si nous avions été plus déterminés et plus dévoués. Nous aurions peut-être pu récolter des gerbes d'or dans ce coin du champ, sans notre propre sensualité et notre mondanité. Nous avons été indulgents envers nous-mêmes là où nous aurions dû nous imposer des sacrifices ; nous étions guidés par des motivations complexes. En bref, il peut y avoir mille raisons, en nous et dans nos manières, expliquant pourquoi notre labeur s'est avéré infructueux.
Mais avec le seul et parfait Ouvrier, il n'en était pas ainsi. C'est pourquoi il put se retirer sereinement des refus extérieurs et puiser dans les ressources intérieures. Là, tout était clair pour lui. « Je te loue ! » Il confia son cœur aux desseins éternels de Dieu. Toutes choses lui furent données. Et comme il le dit ailleurs : « Tous ceux que le Père me donne viendront à moi » (Jean 6.37).
Tout était réglé, et tout était juste. Le dessein divin s'accomplirait, et la volonté divine se réaliserait puissamment. Quel doux soulagement pour le cœur au milieu des refus et des déceptions !
Dieu accomplira ce qui concerne ses serviteurs. Et même là où surviennent erreurs et échecs, hélas, ils abondent en chacun de nous, la riche grâce du Seigneur se répand sur tous et tire même de nos erreurs l'occasion de resplendir d'autant plus. Bien que, assurément, ces erreurs produisent leurs propres conséquences douloureuses et humiliantes.
C'est le souvenir de cela seul qui peut apporter la paix au milieu des circonstances les plus décourageantes. Si nous détournons les yeux de Dieu, nos âmes seront bientôt submergées. C'est notre privilège de pouvoir, dans notre humble mesure, remercier Dieu en toutes circonstances et nous réfugier dans ses desseins éternels ; qui doivent s'accomplir malgré toute l'incrédulité des hommes et toute la malice de Satan.
Les rendements.
Mais nous devons conclure cet article, et nous nous contenterons de citer ces précieuses paroles qui décrivent les bienfaits que notre Seigneur et Sauveur béni nous accorde : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est aisé, et mon fardeau léger » (Matthieu 11.28-30).
Ces paroles sont familières à nos lecteurs, et nous les introduisons ici simplement pour compléter le beau tableau présenté dans notre chapitre. Nous sommes convaincus que le lecteur spirituel appréciera grandement la présentation du divin Ouvrier dans ses refus, ses ressources et ses rendements. C'est une leçon merveilleuse.
Le Seigneur Jésus se retire d'une scène de déceptions et trouve toute sa force en Dieu. Il revient ensuite au cœur même de cette scène qui l'avait repoussé, et y fait son retour plein de grâce. Tout cela est dans une grâce parfaite et inébranlable, une miséricorde inépuisable, une patience sans faille.
Certes, il avait répondu au Baptiste. Il avait fidèlement dépeint les hommes de cette génération. Il avait prononcé un châtiment solennel sur les villes impénitentes. Mais il peut se manifester dans toute la fraîcheur divine et la plénitude de la grâce qui était en lui et dire à chaque âme accablée : « Venez à moi ! »
Tout cela est divin. Cela nous pousse à l'adoration et à la reconnaissance. Si la fidélité, face à une impénitence aggravée, se voit contrainte de dire : « Malheur à toi ! » la grâce, elle, peut s'adresser à chaque cœur accablé avec les mots touchants : « Viens à moi ! » Les deux sont parfaits.
Le Seigneur Jésus a ressenti les rejets. Il n'aurait pas été vraiment humain s'il ne les avait pas ressentis. Oui, il a ressenti les rejets. Il aurait pu dire : « J'ai attendu la compassion, mais en vain, des consolateurs, et je n'en ai pas trouvé » (Psaume 69.20-21).
Remarquez : « J'ai attendu ! » Son cœur humain aimant a ardemment « attendu » la compassion, mais ne l'a pas trouvée. Il a cherché des consolateurs, mais en vain. Il n'y avait ni pitié pour Jésus ni consolateurs pour lui. Il a été laissé seul. Solitude et désolation, soif, ignominie et mort : tel fut le sort du Fils de Dieu et Fils de l'homme : « L'opprobre m'a brisé le cœur » (Psaume 69.20).
C'est une erreur fatale de supposer que le Seigneur Jésus n'a pas ressenti pleinement, comme tout homme devrait ressentir, les épreuves qu'il a traversées. Il a ressenti tout ce que l'homme est capable de ressentir, excepté le péché ; et ce péché, il l'a porté et expié sur la croix, béni soit son nom !
Ce n'est pas seulement un dogme fondamental de la foi chrétienne, mais une vérité d'une douceur infinie pour le cœur de tout croyant sincère. Jésus, en tant qu'homme, a connu la négligence, la déception, les blessures et les insultes. Bienheureux Jésus ! Il en fut ainsi pour toi ici-bas, car tu étais pleinement homme, parfait en tout ce qui incarnait l'homme au milieu de ce monde impitoyable. Ton cœur aimant cherchait la compassion, mais ne la trouva pas. La solitude fut ton lot, tandis que tu aspirais à une douce compagnie. Ce monde n'eut ni pitié ni réconfort pour toi.
Et pourtant, remarquez la grâce qui imprègne ces mots : « Venez à moi ! » Comme c'est différent de nous ! Si nous, qui les méritons si souvent par notre conduite, ne rencontrons que des refus et des déceptions, que rendons-nous en retour ? Hélas, la réponse est simple : chagrin et amertume, critiques et plaintes amères.
Pourquoi cela ? Certes, nous ne sommes pas parfaits, certainement pas par nous-mêmes. Mais nous pouvons être assurés que si nous prenions l'habitude de nous retirer des refus du monde ou de l'Église professante, pour puiser dans les ressources que nous avons en Dieu, nous serions bien mieux à même de réagir avec grâce au milieu de ce qui nous a repoussés. Mais il arrive trop souvent qu'au lieu de nous tourner vers Dieu, nous nous repliions sur nous-mêmes. Et la conséquence est qu'au lieu de rendre la grâce, nous rendons l'amertume. Il est impossible de rendre une juste réponse si nous ne parvenons pas à trouver en Dieu la ressource qui nous est propre.
Oh, puissions-nous vraiment apprendre à connaître Jésus et porter son joug ! Puissions-nous nous imprégner de son esprit doux et humble !
Quelles paroles : « Doux et humble ! » Comme c'est contraire à la nature ! Comme c'est contraire au monde ! Comme c'est contraire à nous-mêmes ! Que d'orgueil, d'arrogance et de suffisance en nous ! Quelle confiance en nous, quel égoïsme, quelle exaltation !
Que le Seigneur nous donne de nous voir comme il nous voit, afin que nous soyons humbles devant lui et que nous marchions toujours humblement à ses côtés.
Puissions-nous, en ce temps d'exaltation et d'orgueil, éprouver la sécurité morale d'un esprit humble et d'une âme douce, portant avec joie son joug ; le joug de la soumission totale à la volonté de notre Seigneur en toutes choses. Tel est le secret de la paix et de la force véritables.
Nous ne pouvons goûter au véritable repos du cœur que lorsque notre volonté est soumise. C'est lorsque nous pouvons accueillir chaque épreuve que notre Père nous impose par un « Ainsi soit-il », que le repos est notre part. Si notre volonté est active, le repos est impossible.
Trouver la paix de la conscience en venant à Jésus est une chose. Trouver le repos du cœur en acceptant son joug et en apprenant de lui en est une autre. Puissions-nous, en ce temps d'agitation, approfondir cette dernière.
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